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2015. szeptember 25., péntek 14:46

En Hongrie, Róbert Molnár croise le fer avec le fil barbelé

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Le maire du village de Kübekháza, frontalier avec la Serbie et la Roumanie, dénonce la politique de fermeture des frontières menée par Viktor Orbán.

 

Il a le teint pâle et les mains fines d’un ecclésiastique. S’il est profondément croyant, de confession évangélique, Róbert Molnár n’en est pas moins laïc, père de trois enfants et maire du paisible village de Kübekháza, dans l’extrême sud de la Hongrie. Constamment réélu depuis treize ans, cet homme cordial de 46 ans n’a pas seulement transformé sa commune natale en un village de conte de fées aux rues impeccablement fleuries et jalonnées du drapeau étoilé de l’Union européenne. Il a aussi noué d’excellentes relations avec les bourgs voisins de Roumanie et de Serbie. Mais voilà qu’un mur vient tout gâcher, en cette fin d’été où un vent chaud et lourd souffle sur la campagne assoiffée.

Emblèmes.

Côté hongrois, des champs de tournesol et de maïs ; côté serbe et roumain, des prairies. C’est ici que finit la commune de Kübekháza, située au carrefour des trois pays. Un monument blanc à trois faces, le Triplex, est posé sur l’herbe. Il porte les emblèmes de Serbie, de Roumanie et de Hongrie. «Il a une fonction légale car il marque l’intersection exacte des trois frontières», explique Róbert Molnár, vêtu d’élégantes chaussures de cuir clair. Devant le Triplex se dresse déjà une double clôture de grillage et de barbelés que le gouvernement nationaliste-populiste de Viktor Orbán a fait ériger sur les 175 km de la frontière magyaro-serbe. Pour «défendre l’Europe dont les racines chrétiennes sont menacées» par une migration de masse, selon Orbán.

Pour l’instant, le grillage s’arrête en plein champ, là où finit la frontière avec la Serbie et où débute la Roumanie. Mais ce week-end, sur ordre de Viktor Orbán, l’armée hongroise a commencé les travaux de terrassement pour prolonger la clôture le long de la frontière avec la Roumanie. Seuls deux Afghans se sont aventurés de ce côté. Il n’empêche, la barrière sera érigée sur 70 km, jusqu’à la rivière Maros qui forme un obstacle naturel entre les deux pays. La Hongrie a également posé des barbelés sur 41 km des 350 km de sa frontière avec la Croatie, jusqu’à la rivière Drava.

Chaque année, fin mai, Kübekháza et les bourgs voisins serbe et roumain organisaient un pique-nique géant «européen» autour du Triplex. On ouvrait les frontières (la Serbie ne fait pas partie de l’UE ni de l’espace Schengen) et ce n’étaient que jeux, courses de bicyclette, concerts et danses jusqu’à la nuit. Il n’y aura plus de pique-nique champêtre ; Kübekháza va être complètement ceint de barbelés. «Cette clôture, censée "protéger la liberté des Hongrois", comme dit Orbán, va nous encercler, comme dans un ghetto. C’est un nouveau rideau de fer», peste Róbert Molnár. Il est en excellents termes avec la principale élue du village serbe de Rabe Maidan, ainsi qu’avec le maire du village roumain de Beba Veche, Ioan Bohancanu. Les deux hommes communiquent via un traducteur et ne se ressemblent pas ; l’un est blond et fin, l’autre a une carrure de boxeur. Mais, en vrais amis, ils se donnent l’accolade et s’appellent par leur prénom. La politique du gouvernement Orbán navre Ioan Bohancanu. «C’est terrible, ce qui se passe chez vous», a-t-il confié à Róbert Molnár. Et lorsque ce dernier lui a découvert qu’une clôture allait s’ériger entre leurs deux pays, il était consterné. Le gouvernement roumain a appris la nouvelle une demi-heure avant la presse. Cette clôture est «un acte autiste et inacceptable», s’est insurgé Bogdan Aurescu, ministre roumain des Affaires étrangères. Orbán s’est aussi mis à dos la Serbie et la Croatie, qui ont critiqué sa gestion des réfugiés.

«Adieu».

Les trois villages avaient de beaux projets en commun : un parc industriel et logistique baptisé «Triplex», de nouvelles routes pour relier les communes… «On peut dire adieu à tout ça. Les relations diplomatiques se sont tellement détériorées que ça va tomber à l’eau»,soupire Róbert Molnár. Son ami Ioan Bohancanu l’a toutefois rassuré.«Robi, quoi qu’il se passe, on restera amis. C’est pas une clôture qui va nous séparer», lui a-t-il dit. Dans son bureau où il accueille ses visiteurs avec des pogacsa, des petits fours salés, le maire de Kübekháza se confie.«Cette clôture inutile sert uniquement un but de politique intérieure. Viktor Orbán a récemment perdu un nombre substantiel d’électeurs au profit de l’extrême droite. Il veut les rallier», insiste l’élu. Si l’homme fort de Hongrie provoque des conflits en permanence, c’est pour détourner l’attention des vrais problèmes. «En temps de guerre, personne ne pose de questions sur la corruption, sur la santé et l’éducation publiques en ruine», analyse Róbert Molnár. Mais il garde espoir : «Le jour viendra où on découpera des morceaux de ce grillage, comme on a découpé des pans du rideau de fer ; ce ne seront plus que des reliques d’un gouvernement déchu.»

Forrás: http://www.liberation.fr/monde/2015/09/20/en-hongrie-robert-molnar-croise-le-fer-avec-le-fil-barbele_1386829

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